Côte d’Ivoire /Bouaké : Le monde universitaire se penche sur les enjeux du genre et de la durabilité

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Côte d’Ivoire /Bouaké : Le monde universitaire se penche sur les enjeux du genre et de la durabilité

L’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké a été, du 23 au 25 septembre 2026, le point de convergence de plusieurs universitaires et acteurs de la société venus de Côte d’Ivoire et de l’étranger. Pendant trois jours, chercheurs, enseignants-chercheurs, guides religieux et représentants de la chefferie traditionnelle ont croisé leurs analyses autour d’une problématique au cœur des transformations contemporaines : « Genre et humanité durable ».

Organisé par l’Unité pédagogique et de recherche (UPR) Métaphysique et Histoire de la philosophie du Département de philosophie de l’UAO, ce colloque international pluridisciplinaire a réuni des participants venus notamment du Burkina Faso, du Togo, du Bénin, de Djibouti, de France et d’Allemagne. Les travaux se sont déroulés sur le campus 2 de l’université, avec pour ambition de placer la réflexion scientifique au centre des débats relatifs aux rapports entre les femmes et les hommes et aux mutations des sociétés.

La cérémonie officielle du colloque s’est tenue le jeudi 24 septembre, dans l’amphithéâtre C de l’UAO. À cette occasion, le professeur Yeo Kolotioloma Nicolas, responsable de l’UPR Métaphysique et Histoire de la philosophie, a présenté les principales raisons ayant conduit à l’organisation de cette rencontre scientifique.

Selon lui, le choix du thème répond à la nécessité de soumettre à l’analyse universitaire plusieurs questions qui continuent de susciter des débats dans les sociétés contemporaines. Il a notamment évoqué la légalisation de la polygamie, la place et la parité de l’homme et de la femme au sein du foyer, les violences basées sur le genre ainsi que les questions relatives au rejet et à l’acceptation des minorités sexuelles.

Pour le responsable de l’UPR, ces différentes problématiques ne peuvent être appréhendées uniquement sous l’angle des opinions ou des prises de position sociales. Elles nécessitent également une approche scientifique permettant de confronter les arguments, d’analyser les réalités sociales et de rechercher des pistes de réponse adaptées.

« Tous ces problèmes font débat, et nous avons donc estimé qu’il était temps d’inviter toute la communauté scientifique à réfléchir sur ces questions en vue de proposer des solutions », a-t-il expliqué.

L’université comme espace de débat contradictoire

Au-delà des divergences de perceptions pouvant entourer les questions de genre, les organisateurs ont surtout insisté sur la nécessité de maintenir un espace où les différentes analyses peuvent être confrontées dans un cadre scientifique.

Le professeur Yeo Kolotioloma Nicolas a ainsi présenté le débat contradictoire comme l’un des fondements de la rencontre. Pour lui, l’université doit permettre aux chercheurs et aux acteurs de la société d’examiner les problèmes, de confronter les arguments et, au terme des échanges, de dégager des pistes susceptibles de contribuer à leur résolution.

Cette conception place donc le colloque dans une démarche de réflexion plutôt que dans une logique de confrontation idéologique. L’enjeu est de permettre à la recherche universitaire d’éclairer des réalités qui touchent aussi bien la cellule familiale que les institutions, les communautés et les rapports sociaux.

Prenant la parole au nom du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Adama Diawara, parrain de la rencontre, le doyen de l’URF Communication, Milieu et Société, Bamba Assouman, a salué l’initiative du Département de philosophie.

Il a relevé que cette rencontre s’inscrit dans une dynamique régulière de réflexion et d’échanges autour de questions qui dépassent le seul cadre universitaire. Pour lui, les rencontres scientifiques constituent des espaces privilégiés permettant à la communauté universitaire de dialoguer avec la société nationale et internationale.

Bamba Assouman a également insisté sur la nécessité d’aborder les questions liées au genre avec suffisamment de franchise et de rigueur afin de contribuer à la construction d’une société plus équilibrée.

« On se regarde droit dans les yeux, on aborde le sujet sans caresse et on lui trouve les solutions qu’il faut pour que l’humanité soit en équilibre avec elle-même », a-t-il recommandé.

Le CESEC salue une démarche scientifique

La rencontre a également bénéficié de la présence de représentants du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC). Représentant son président, Dr Eugène Aka Aoulé, le président de la Commission des affaires économiques et financières du CESEC, Bah Karamoko, a salué le choix du thème.

À ses yeux, les questions liées au genre dépassent largement les considérations individuelles. Elles touchent à l’organisation de la famille, aux rapports sociaux, aux valeurs culturelles, aux systèmes économiques et aux transformations des sociétés.

Il a estimé que le colloque offrait ainsi à la Côte d’Ivoire un cadre approprié pour examiner ces problématiques avec les exigences de la recherche scientifique.

« Je tiens à rappeler que “Genre et humanité durable” touche à l’une des questions les plus sensibles et les plus structurantes de notre temps », a-t-il déclaré.

Poursuivant son intervention, Karamoko Bah a relevé que les rapports entre les femmes et les hommes connaissent des évolutions constantes, entre changements sociaux, résistances culturelles et transformation des modèles familiaux.

Dans ce contexte, il a appelé le monde universitaire à privilégier la recherche et l’analyse scientifique plutôt que les réactions passionnelles.

« Il est donc particulièrement significatif que le monde universitaire se saisisse lui-même de ces préoccupations et s’auto-convoque pour les soumettre à l’examen scientifique. Que cette interrogation appelle la rigueur de la recherche plutôt que la seule passion du débat », a-t-il souligné.

Durant les trois jours de travaux, les participants ont pris part à plusieurs communications, conférences, exposés et séances de débats. Les discussions ont permis d’aborder différentes dimensions de la problématique du genre.

Les violences basées sur le genre, les inégalités entre les femmes et les hommes, la polygamie et la question de la parité au sein du foyer ont notamment fait l’objet d’analyses. Les participants ont également porté leur attention sur le statut des minorités sexuelles, l’influence des principes culturels et religieux ainsi que la question du travail domestique non rémunéré.

Ces différentes thématiques ont permis de mettre en évidence la complexité des rapports de genre. Derrière les débats de société se trouvent en effet des réalités quotidiennes liées à la répartition des responsabilités familiales, à l’accès aux opportunités, aux normes sociales, à la protection contre les violences et à la reconnaissance du rôle des différentes composantes de la société.

La diversité des participants a également favorisé la confrontation de plusieurs approches. Les regards universitaires venus de différents pays ont permis d’enrichir les discussions à partir de contextes culturels, sociaux et institutionnels parfois différents.

Faire de la recherche un outil d’éclairage de la société

Au terme de ces trois jours, le colloque aura surtout permis de rappeler le rôle de l’université dans l’analyse des grandes transformations sociales. En choisissant de consacrer leurs travaux aux rapports de genre et à la notion d’humanité durable, les organisateurs ont placé au centre des échanges des questions qui concernent directement la famille, la communauté et l’avenir des sociétés.

La démarche engagée par l’UPR Métaphysique et Histoire de la philosophie repose ainsi sur une volonté de faire dialoguer différentes disciplines, expériences et sensibilités autour de problématiques communes.

À travers les communications et les débats, les participants ont cherché à mieux comprendre les tensions qui traversent les rapports entre les femmes et les hommes et à identifier des pistes de réflexion susceptibles de favoriser davantage d’équilibre social.

Pour les organisateurs, l’enjeu n’était donc pas de clore le débat, mais de l’ouvrir davantage à la recherche, à l’analyse et à la confrontation des idées. Une démarche qui entend faire de la connaissance scientifique un instrument d’éclairage des mutations sociales et de réflexion sur les conditions d’une humanité durable.

J C

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