Gagnoa / Nagadoukou : L’EPP BAD, une école d’excellence privée d’infrastructures essentielles
À l’EPP BAD de Nagadoukou, les élèves ont décroché 100 % de réussite au CEPE 2026. Une performance remarquable qui contraste avec l’état de vétusté des bâtiments et l’absence de latrines, rappelant que l’excellence scolaire peut survivre au manque de moyens, mais difficilement s’y épanouir durablement.
Il suffit de franchir le portail de l’École primaire publique BAD de Nagadoukou pour comprendre que le temps a laissé son empreinte. Les murs portent les marques des années, les bâtiments accusent leur âge, mais, chaque matin, les salles de classe continuent d’accueillir des enfants animés par la même soif d’apprendre.
Construite en 1995 et ouverte aux élèves en 1996, l’EPP BAD est devenue au fil des décennies l’un des piliers de l’éducation dans ce village de la sous-préfecture de Yopohué. Plusieurs générations d’élèves y ont appris à lire, à écrire et à bâtir leurs rêves.
Pourtant, derrière cette histoire se cache un contraste saisissant.
Selon les informations recueillies par l’équipe de reportage, l’établissement a bénéficié d’une subvention de fonctionnement de 775 000 FCFA au titre de l’année scolaire 2025-2026. Mieux encore, l’école a enregistré un taux de réussite de 100 % au Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE), session 2026. Une performance qui témoigne de l’engagement des enseignants, du sérieux des élèves et de l’accompagnement des parents d’élèves. Mais cette réussite cache une réalité beaucoup moins reluisante.
Une école sans latrines
L’EPP BAD ne dispose d’aucune latrine. Chaque jour, élèves et personnel évoluent dans un établissement dépourvu d’infrastructures sanitaires adaptées.
Au-delà de l’inconfort, cette situation soulève de véritables préoccupations en matière d’hygiène, de santé publique et de protection des enfants. Pour les plus jeunes, et particulièrement pour les filles, l’absence de toilettes constitue une difficulté quotidienne qui ne devrait plus exister dans une école publique.
Cette carence renforce l’urgence d’une réhabilitation générale des infrastructures.
Le silence du directeur
Soucieuse de respecter les principes du contradictoire, l’équipe de reportage s’est rendue à l’EPP BAD le mercredi 15 juillet 2026 afin de recueillir les explications du directeur de l’établissement. Malgré notre sollicitation, celui-ci a choisi de ne pas faire de déclaration sur la situation de l’école. Un choix que notre rédaction respecte pleinement, conformément aux règles de la déontologie journalistique.
La Mutuelle appelle à une mobilisation
Pour Dioboet Lucien, président de la Mutuelle de Développement de Nagadoukou (MUDNA), il est temps d’agir. « En tant que président de la Mutuelle de Développement de Nagadoukou (MUDNA), je suis venu sur le terrain pour toucher du doigt les besoins réels de notre village en matière d’infrastructures. L’EPP BAD figure parmi les priorités. Cette école, qui a formé plusieurs générations d’enfants et qui vient d’enregistrer un taux de réussite de 100 % au CEPE 2026, mérite une réhabilitation. L’absence de latrines est également une préoccupation majeure qu’il faut résoudre rapidement. Nous lançons un appel aux autorités administratives, au ministère de l’Éducation nationale, aux cadres de Nagadoukou ainsi qu’à tous les fils et filles du village afin qu’ils se mobilisent pour offrir à nos enfants un cadre d’apprentissage digne. Investir dans cette école, c’est investir dans l’avenir de notre communauté. »
Le chef du village lance également un appel
Le chef du village de Nagadoukou, Kiffy Mineso Zahui Bernardin, partage la même inquiétude. « L’école est le patrimoine de tout le village. C’est ici que nos enfants préparent leur avenir et celui de Nagadoukou. Nous sommes fiers des excellents résultats obtenus par l’EPP BAD, mais ces performances doivent être soutenues par des infrastructures de qualité. L’absence de latrines montre l’ampleur des besoins de notre école. J’invite les autorités compétentes, les cadres du village, les filles et fils de Nagadoukou ainsi que tous nos partenaires à unir leurs efforts pour réhabiliter cette école. Offrir un meilleur cadre d’étude à nos enfants est une responsabilité collective. »
À Nagadoukou, personne ne réclame le superflu.
Les habitants demandent simplement que les performances exceptionnelles de leurs enfants soient accompagnées d’infrastructures dignes d’une école du XXIᵉ siècle. Une école qui affiche 100 % de réussite au CEPE mérite des bâtiments rénovés, des salles de classe entretenues, un environnement sécurisé et, surtout, des latrines répondant aux normes d’hygiène.
Les élèves ont déjà démontré que la réussite ne dépend pas uniquement des murs qui les entourent. Ils ont rempli leur mission avec courage et détermination. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics, des cadres de Nagadoukou, des partenaires au développement et de toutes les bonnes volontés. Car préserver l’EPP BAD, ce n’est pas seulement réhabiliter une école. C’est protéger un héritage éducatif, soutenir une communauté qui croit en l’avenir et offrir à des générations d’enfants les conditions qu’elles méritent pour continuer à faire rayonner Nagadoukou.
IGOUE N’CHIRA