Tanda : Découpage électoral : Les populations dénoncent une injustice et réclament un nouveau tracé
La ville de Tanda est située à l’est de la Côte d’Ivoire, dans le District du Zanzan, région du Gontougo. Elle est le chef-lieu du département de Tanda. Les élections législatives du 27 décembre dernier ont laissé un goût amer dans plusieurs localités de sa circonscription électorale. Encore aujourd’hui, les habitants ne digèrent toujours pas ce qu’ils considèrent comme une sous-représentation flagrante de leurs localités à l’Assemblée nationale, et leur colère reste palpable. Ils crient à l’injustice et dénoncent une situation qui pénalise des dizaines de villages et plusieurs sous-préfectures regroupés sous une seule voix parlementaire.
La décision d’attribuer un seul député à la circonscription électorale de Tanda, est tout simplement injuste. Les populations ont décidé de ne plus passer sous silence cette injustice qui remet en question leur conception de l’équité démocratique et du respect dû aux citoyens, peu importe où ils vivent et leur influence ou poids politique supposé.
La colère légitime des populations
Lasses de ne jamais obtenir gain de cause malgré leur revendication pour la double représentation de leur circonscription au Parlement, les populations avaient fini par se résigner. Elles espéraient la création de deux circonscriptions dont une pour Tanda Commune et Sous-préfecture, et une autre pour les trois sous-préfectures restantes à savoir Amanvi, Djama et Tchedio, qui composent avec Tanda, la circonscription 081. Les démarches répétées et plusieurs demandes adressées aux autorités étaient restées sans réponse concrète. Face à l’indifférence persistante de ses autorités, beaucoup de personnes avaient choisi le silence et la résignation, convaincues de l’inutilité de leurs efforts.
Mais, cette revendication, autrefois étouffée par le découragement, s’exprime aujourd’hui avec force et assurance. Les dernières élections ont profondément ravivé la colère et renforcé la détermination des habitants, tant les incidents survenus durant la campagne ont laissé un sentiment d’injustice et de deux poids deux mesures.
En effet, le député sortant, l’Honorable Kobenan Kouassi Adjoumani, Ministre d’Etat, a librement mené campagne partout dans la circonscription électorale, multipliant les déplacements et les réunions publiques. Pourtant, dans le même temps, ses partisans ont refusé voire interdit l’accès de sa localité à un candidat considéré comme l’un de ses principaux challengers. Cela a été perçu comme une entrave manifeste au débat démocratique et à la libre confrontation des idées, principes essentiels à toute élection transparente et crédible.
Par ailleurs, il est aussi et surtout reproché à l’unique député de la circonscription, de concentrer son attention sur certaines zones jugées stratégiques, délaissant de nombreux villages qu’il ne s’est jamais donné la peine de visiter durant ses différents mandats. Cette absence prolongée a nourri un sentiment d’abandon chez les habitants concernés, qui estiment que leurs préoccupations n’ont jamais été entendues ni relayées à l’hémicycle. Pour eux, un représentant doit être à l’écoute de l’ensemble de sa circonscription. Mais au-delà des simples rivalités électorales, c’est bien la question de la proximité qui est aujourd’hui au cœur des frustrations exprimées.
Portés par un nouvel élan et un contexte politique désormais plus favorable, les habitants réclament de nouveau, avec vigueur, la création de deux circonscriptions pour mieux porter
leur voix et faire remonter fidèlement les aspirations, les difficultés et les attentes de chaque village au niveau national. Ils ne cessent de critiquer l’unique voix de leur territoire au Parlement. Entre colère et frustration, ils font part d’un mécontentement profond face à cette situation qui perdure, qu’ils estiment injuste et néfaste pour leurs localités.
Selon les informations recueillies auprès de certains habitants de Guiendé et Lomo, dans la sous-préfecture de Tanda, et d’autres de Béléoulé, dans la commune, un seul candidat, Fiéni Koffi Kévin, Président de PRO-CÔTE D’IVOIRE, a vraiment mis ce sujet au cœur de sa campagne et en a fait son leitmotiv. Pour lui, bien plus qu’une promesse électorale, c’était une conviction. Partout où il s’est rendu, il n’a cessé de dénoncer la sous-représentation de Tanda à l’hémicycle et a promis de se battre pour un nouveau découpage qui prendra en compte deux députés.
Un habitant, qui a souhaité garder l’anonymat, nous a confié : « On a le sentiment d’être mis à l’écart, politiquement parlant. Et cette marginalisation politique de notre territoire doit prendre fin. Il faut revoir d’urgence le découpage de notre circonscription, parce que j’estime que sans une représentation plus juste, nos intérêts ne seront pas défendus et notre territoire ne pourra pas se développer correctement. C’est une question de respect des règles démocratiques et d’équité entre toutes les localités du pays ».
A sa suite, un autre a renchéri : « La comparaison avec d’autres circonscriptions est édifiante. Quand on regarde ce qui se passe dans d’autres localités, le contraste saute aux yeux. Par exemple, les deux circonscriptions d’à côté, Koun-Fao et Tankessé, sont moins étendues et moins peuplées que la nôtre. Et pourtant, elles bénéficient de deux députés. Alors, comment se fait-il que chez nous, avec nos quatre sous-préfectures et nos quatre-vingt-sept villages, on ne puisse pas prétendre à autant ? Ça n’a pas de sens ».
Analyse des données de la Commission Électorale Indépendante (CEI),
Selon les données de la CEI, les circonscriptions électorales, 078 de Tankessé, Kokomian et Tienkoikro, communes et Sous-préfectures d’une part, et d’autre part 079 de Koun-Fao, commune et Sous-préfecture, comptent respectivement 19 298 et 15 315 électeurs inscrits. Ensemble, elles totalisent 34 613 électeurs. Ce total cumulé, bien que significatif, demeure néanmoins inférieur à celui de la seule circonscription électorale de Tanda qui enregistre 39 059 électeurs, un volume électoral nettement plus élevé que celui des deux circonscriptions réunies.
Un écart flagrant et disproportionné
La seule circonscription électorale de Tanda, dépasse, en effet, le total combiné des circonscriptions voisines, 078 et 079, de près de 4500 électeurs. Malgré cet écart considérable, elle ne dispose que d’un seul député, là où les deux autres, moins peuplées ensemble, en comptent deux.
Cette disparité alimente un sentiment d’injustice et donne l’impression que selon où on habite, on n’est pas tous traités de la même manière. Tous les citoyens ne méritent-ils pas le même respect ? Une telle disparité est surprenante et difficile à comprendre au regard du principe d’égalité des citoyens devant le suffrage. Elle soulève des interrogations légitimes sur les critères qui président à la répartition des sièges. Comment expliquer qu’une circonscription plus peuplée, et donc électoralement plus importante, soit moins représentée que deux circonscriptions plus modestes réunies ? Cela semble difficile à justifier.
Au-delà des chiffres, ce qui fait aussi mal, c’est le sentiment d’abandon qui domine aujourd’hui ces populations. Beaucoup ont l’impression que leur voix ne porte pas autant que celle des autres, et cette idée érode peu à peu leur confiance, non seulement dans les institutions, mais également dans le cœur même de notre démocratie. Comment peut-on porter efficacement les préoccupations des populations avec un seul élu au Parlement ?
Un seul député ne peut valablement représenter la circonscription électorale de Tanda.
Maintenir encore un seul député pour Tanda revient à méconnaître les exigences d’une représentation nationale digne et inclusive. Un seul parlementaire ne peut, à lui seul, porter à bout de bras un territoire aussi vaste et une population aussi nombreuse. Seul, il ne peut faire entendre, avec l’efficacité requise, la voix des 87 villages qui la composent. La tâche est d’autant plus considérable que la circonscription s’étend sur quatre sous-préfectures, chacune marquée par ses propres réalités, ses défis et ses priorités. Prétendre qu’un unique élu puisse répondre de manière adéquate à une telle diversité territoriale et sociale, c’est se bercer d’illusion.
Dans une démocratie digne de ce nom, il est essentiel que la représentation au parlement soit juste et équilibrée. Cela ne se résume pas seulement au nombre d’habitants, mais doit aussi prendre en compte la réalité du terrain telles que la diversité administrative et les particularités géographiques de chaque territoire. Partout dans le monde, quand certaines voix ne sont pas assez entendues, les conséquences sont bien réelles. Les problèmes locaux peinent à remonter jusqu’aux décideurs nationaux, les grands projets traînent en longueur, et les urgences sociales, trop souvent, restent sans solution.
Ce déséquilibre manifeste dans la circonscription électorale de Tanda alimente un sentiment d’injustice et appelle à une révision équitable du découpage électoral.
La nécessité d’un nouveau découpage électoral
Le découpage électoral est un pilier fondamental de toute démocratie. Dès lors qu’il ne garantit pas l’équité entre les citoyens, il doit absolument être repris sans tarder. Le tracé actuel de Tanda est inadapté parce qu’il crée un déséquilibre dans la représentation. Il favorise certaines zones au détriment d’autres localités.
Le découpage électoral ne devrait jamais être un outil de marginalisation, mais un instrument au service de l’égalité, de la justice et du développement. Il doit garantir le progrès pour tous. C’est pourquoi il est impérieux de reprendre celui de la circonscription de Tanda pour rétablir une représentation plus juste, favoriser une meilleure prise en compte des réalités démographiques et sociales, et promouvoir un développement harmonieux de ce territoire.
Les populations sollicitent la mansuétude des autorités
Face à cette injustice, les populations lancent un appel aux autorités compétentes, surtout au ministre de l’intérieur pour qu’il prenne enfin la mesure de cette situation anormale. Il est urgent de revoir le tracé de Tanda et créer deux circonscriptions électorales afin de retrouver un équilibre qui respecte véritablement les principes démocratiques.
Les populations de Tanda ne cherchent pas de traitement de faveur, mais souhaitent simplement voir leur droit reconnu. Ils demandent une représentation qui corresponde à leur place réelle dans le pays et à leur contribution à la vie nationale. Ignorer leur requête, c’est affaiblir notre démocratie en donnant l’impression qu’elle ne protège pas tous les citoyens de manière égale.
La circonscription électorale de Tanda mérite enfin que justice lui soit rendue. Attribuer deux députés à cette zone ne relève nullement d’une manœuvre politique, mais bien d’une vision plus réaliste, juste et équitable de la représentation démocratique. Il s’agit de corriger une inégalité qui perdure afin de restaurer la confiance, la dignité et le sentiment de considération auprès de milliers de citoyens qui attendent et espèrent cela depuis plus d’une décennie.
Nous y reviendrons.
Nanan Prao