Toulépleu / SYNAP-CI : malgré les menaces, plus de 8 000 producteurs font une démonstration de force
La place Alassane-Ouattara de Toulépleu a accueilli, jeudi 29 octobre 2026, une grande journée d’hommage et de mobilisation des producteurs de café-cacao membres du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI). Venus des quatre coins du département et des localités environnantes, plus de 8 000 producteurs ont répondu présents pour témoigner leur reconnaissance à leur président national, Koné Moussa, et réaffirmer leur adhésion à son combat pour la défense de leurs intérêts.
Une mobilisation impressionnante a marqué cette rencontre. Ils sont venus de Grié 2, Pahoubly, Drissably, Diouroubly, Denan, Souhaite, Petit Guiglo, Bloc, Venez Voir, KDE, Tinhou, Pété, Méo et d’autres localités, parfois au prix de longs déplacements et de nombreux sacrifices. Au-delà de l’hommage rendu à leur président, cette mobilisation a été l’occasion pour les producteurs de réaffirmer leur solidarité et leur soutien aux revendications portées par le syndicat.
Au nom des producteurs, Koudogou Ibrahim, leur porte-parole, a renouvelé la confiance des planteurs en Koné Moussa. Il a insisté sur leur attente de justice, de considération et de meilleures conditions de vie, tout en réaffirmant leur attachement aux idéaux du SYNAP-CI, dans le respect des autorités et des lois de la République. Pour sa part, Diomandé Mevaya, président du comité d’organisation, a salué la mobilisation des délégations et appelé à maintenir la cohésion et la solidarité entre les membres.
Prenant la parole, Koné Moussa a placé les difficultés de commercialisation du cacao au cœur de son intervention. Il a notamment contesté le prix bord champ de 1 200 FCFA le kilogramme, estimant qu’il ne tient pas suffisamment compte des charges supportées par les producteurs.
« Vous ne mesurez pas toujours les difficultés que les paysans rencontrent pour produire une tonne de cacao. Il faut entretenir les plantations, payer la main-d’œuvre, acheter les produits nécessaires et supporter de nombreuses charges », a-t-il déclaré.
Évoquant son récent déplacement à Daloa, il a affirmé que certains acheteurs proposeraient des prix de 1 400 à 1 500 FCFA le kilogramme, voire jusqu’à 1 800 FCFA dans certains cas. « Si des acheteurs sont en mesure de proposer de tels prix, pourquoi le prix officiel garanti aux producteurs est-il fixé à 1 200 francs CFA ? », s’est-il interrogé.
Le président du SYNAP-CI a également dénoncé la situation des stocks de cacao recensés mais qui n’auraient toujours pas été enlevés, malgré l’annonce d’une enveloppe de 291 milliards de FCFA par le gouvernement pour soutenir la commercialisation. Il a aussi mis en cause le fonctionnement du dispositif de traçabilité, évoquant des producteurs qui recevraient des notifications de vente alors qu’ils affirment n’avoir effectué aucune transaction.
La question foncière également soulevée
Koné Moussa a par ailleurs réclamé la démission du directeur général du Conseil du café-cacao, Koné Yves Brahima, et appelé à la nomination de responsables disposant, selon lui, des compétences techniques nécessaires. Il a annoncé son intention de saisir la CEDEAO et l’UEMOA pour porter les préoccupations des producteurs ivoiriens auprès des instances sous-régionales. Il a également invité ses membres à se préparer à une mobilisation devant la Caistab, à Abidjan, sans toutefois en préciser la date.
Autre sujet abordé : les inquiétudes liées à l’avenir de certaines plantations dans le département de Toulépleu. Le président du syndicat a dénoncé des menaces de déguerpissement qui pèseraient sur des producteurs en lien avec les activités de Palm-CI. Il affirme que certains exploitent leurs plantations depuis 1971 et sont aujourd’hui invités à quitter les terres au motif qu’elles seraient situées dans des forêts classées.
Malgré la fermeté de ses prises de position, Koné Moussa a assuré que le dialogue demeure sa priorité. Il entend adresser des courriers aux responsables concernés à l’issue de sa tournée, tout en se réservant la possibilité d’autres actions.
Solange Djébami