Côte d’Ivoire /Drame du Bafing : Les vérités de l’enquête et les sept décisions du gouvernement

Côte d’Ivoire /Drame du Bafing : Les vérités de l’enquête et les sept décisions du gouvernement

Une semaine après le tragique accident de la circulation survenu sur l’axe Touba-Biankouma et qui a coûté la vie à 39 personnes, le gouvernement ivoirien a levé le voile sur les premiers résultats de l’enquête administrative et technique. Réunis ce mercredi 22 juillet 2026 à Abidjan, les responsables du ministère des Transports et des Affaires maritimes ont mis en évidence une succession de graves manquements ayant conduit au drame et annoncé sept mesures destinées à renforcer durablement la sécurité routière.

Les conclusions ont été présentées au cours d’une conférence de presse tenue à la salle de réunion de la Direction générale des transports terrestres et de la circulation (DGTTC), au 16ᵉ étage de la tour E de la Cité administrative. La rencontre, ouverte par une minute de silence en mémoire des victimes, a réuni notamment le directeur de l’Office de la sécurité routière (OSER), Kouakou Étienne, le commissaire divisionnaire Touré Abdoul Kader, directeur de la Police spéciale de sécurité routière, et Tchongoua Stéphane, directeur du développement technologique à la DGTTC.

Selon les résultats de l’enquête menée par le Bureau enquête analyse accident (BEA), l’autocar de marque King Long assurant la liaison Odienné-Yamoussoukro transportait 91 personnes alors qu’il n’était homologué que pour 69 places. Des tabourets avaient été installés dans les allées pour accueillir des passagers supplémentaires et plusieurs voyageurs effectuaient le trajet debout.

L’accident s’est produit après l’éclatement du pneu avant droit du véhicule, à environ 80 mètres du fleuve Bafing, au niveau du village de Zouzousso III. Les enquêteurs retiennent trois facteurs principaux : la surcharge du car et de ses bagages, l’utilisation de pneus de marques différentes et non homologués, ainsi qu’un possible défaut de maîtrise du conducteur.

Les investigations ont également révélé plusieurs irrégularités administratives. Le véhicule circulait avec deux plaques d’immatriculation provisoires différentes, laissant supposer une volonté d’échapper au système de vidéoverbalisation. Les documents relatifs à l’assurance et à la visite technique n’ont pu être produits, alors qu’ils étaient expirés depuis respectivement 17 mois et cinq mois. Les autorités ont indiqué que les investigations se poursuivaient désormais sur l’ensemble des activités de la compagnie Diarra Transport, propriétaire du véhicule.

Face à ces manquements, le ministère des Transports a annoncé sept décisions immédiates. Il s’agit du lancement d’un programme national de formation théorique et pratique des chauffeurs de transport en commun, du renforcement des capacités des gestionnaires des entreprises de transport, de la création d’une plateforme électronique de suivi des compagnies de transport intégrant le contrôle des véhicules, des assurances, des visites techniques et un registre numérique des passagers, du renforcement des contrôles avec les compagnies d’assurance avant toute souscription, de l’ouverture de discussions sur une convention collective des chauffeurs de transport interurbain, du renforcement des comités locaux de sécurité routière sur les axes à risque et de l’obligation d’obtenir le permis de catégorie B avant d’accéder aux autres catégories de permis de conduire.

Interrogé sur la multiplication des accidents malgré les réformes engagées depuis plusieurs années, le directeur de l’OSER, Kouakou Étienne, a reconnu que l’incivisme demeurait l’un des principaux défis. Il a appelé les usagers à jouer pleinement leur rôle en refusant d’emprunter des véhicules en surcharge ou conduits dans des conditions dangereuses.

De son côté, le commissaire divisionnaire Touré Abdoul Kader a précisé que l’enquête administrative évoluait parallèlement à la procédure judiciaire ouverte par le parquet de Touba. Des sanctions administratives, financières, voire judiciaires, pourraient être prises à l’encontre des responsables si les infractions constatées sont confirmées.

Le ministère a également annoncé la généralisation progressive du dispositif d’auto-contrôle dans les gares routières. Déjà expérimenté à Odienné, ce mécanisme vise à responsabiliser les chefs de gare et les chefs de ligne dans la vérification des documents des véhicules ainsi que de l’état des conducteurs avant chaque départ.

En clôturant cette conférence de presse, les responsables du ministère ont renouvelé, au nom du ministre Amadou Koné, les condoléances du gouvernement aux familles des victimes et leur soutien aux blessés. Ils ont assuré que toute la lumière serait faite sur cette tragédie et que les mesures annoncées seraient mises en œuvre avec rigueur afin d’éviter que de tels drames ne se reproduisent sur les routes ivoiriennes.

SOLANGE Djébami

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