Interview / Mohammed Djibril Bello, Directeur Général de Halal Côte d’Ivoire : « Quel que soit le secteur d’activité, il faut se poser la question de savoir si le service qu’on me vend est conforme avec ma religion »
Interview / Mohammed Djibril Bello, Directeur Général de Halal Côte d’Ivoire : « Quel que soit le secteur d’activité, il faut se poser la question de savoir si le service qu’on me vend est conforme avec ma religion »
Pour permettre à la population et surtout aux musulmans de vivre sainement, Mohammed Djibril Bello, Directeur Général de Halal Côte d’Ivoire, association engagé dans la certification des produits licites pour la population et surtout pour les musulmans depuis 2011, s’est donné pour mission d’aider la communauté musulmane à la consommation d’aliments conformes à leur religion, Dans cet interview, le Directeur général de cette structure, Mohammed Bello, explique sa vision et dévoile les objectifs à savoir, œuvrer à la promotion et à la certification du ‘’Halal’’ (licite en islam), ainsi que de lutter contre la production, la commercialisation, l’utilisation et la consommation des biens de services prohibés et nuisibles conformément à la tradition islamique.
Comment est né l’idée de mettre en place Hala Côte d’Ivoire ?
Nous sommes partis d’un constat pour certains d’entre nous qui vivent à l’étranger notamment des étudiants et des voyageurs, que plusieurs pays au monde vendent et consomment des produits halal. Toutefois, ce n’est pas le cas pour la Côte d’Ivoire. Nous nous sommes interrogés, pourquoi ne pas faire comme ailleurs, pourquoi ne pas demander des exigences à ces entreprises dans le domaine de l’agroalimentaire. C’est ainsi qu’en 2011, avec des frères, nous nous sommes mis en ensemble pour mettre en place cette association pour encourager les entreprises à aller vers cette labellisation.
Quel mécanisme avez-vous mis en place pour la certification des entreprises ?
Il faut savoir que les entreprises sont libres. A notre niveau, nous avons une offre de label halal. Toutefois, toute entreprises qui veulent toucher la communauté musulmane, est obligé d’aller vers cette certification. Par ailleurs, nous essayons de communiquer sur l’existence de la structure et faire la promotion des entreprises qui nous font confiance. C’est dans cette optique, qu’Halal Expo Afrique de l’Ouest a été institué. Cette tribune permet à la population de connaitre les produits et les entreprises certifiés par notre association.
En tant qu’association privée, comment a-t-elle été accueillie par les autorités ivoiriennes ?
Les autorités ont bien accueilli notre structure car le label existe déjà dans le monde. En effet, le Halal est connu comme le Kacher pour les juifs. Par contre, le halal, ce n(est pas forcement pour les musulmans ou une affaire communautaire. C’est plutôt pour la qualité. En vrai, celui qui recherche ou consomme le halal, recherche la qualité.
Existe une différence entre la certification CODINORM du ministère du commerce et la vôtre ?
La différence entre nous et cette structure est qu’elle fait la certification des normes selon les règles établies par la Côte d’Ivoire. Tandis qu’à notre niveau, c’est la certification halal.
Arrive t-il d’avoir des chevauchements entre vos deux structures ?
Il n’y a jamais eu de chevauchements entre cette structure et nous. Eux en tant que structure étatique, elle peut nous donner la certification halal qui est notre champ d’action.
Comment se déroule la procédure de la certification ?
Dans notre démarche, nous partons vers les entreprises qui peuvent accepter ou refuser. Par contre, des entreprises viennent vers notre structure parce qu’elles veulent faire plaisir à des clients ou consommateurs musulmans qui exigent la certification halal.
Dans la pratique, L’entreprise remplit un formulaire de soumission pour émettre le vœu d’aller à la certification. On analyse si elle est recevable (celui qui fait du porc ou produit illicite) n’est pas recevable. Ensuite, nous allons attribuer des auditeurs qui vont travailler sur le dossier, l’analyser, faire des audits documentaires, comprendre d’abord comment fonctionne l’entreprise ensuite, en accord commun avec l’entreprise, préciser un jour pour aller sur site. En ce lieu, nous prélevons des échantillons suivis da la vérification en laboratoire et tout ce qu’il faut pour se rassurer qu’il n’y ait pas d’illicite. A la suite de ces différentes étapes, lorsque le résultat est positif, nous accordons la certification. Si le résultat est négatif, nous accordons une période de latence pour refaire l’audit pour que cela soit conforme à notre norme.
Y’a-t-il des structures labellisées qui on fait volt face ?
Cela peut arriver, mais pour le moment, nous n’avons pas encore eu des cas. Toutefois, il Ya des clients avec qui nous nous sommes séparés dès le début car ils ne respectaient pas notre charte. L’objectif n’est pas le gain d’argent, mais la sincérité et la cofinance du consommateur musulman qui a la certitude que le produit est véritablement halal
Quel est l’objectif d’Halal Epo Afrique de l’Ouest ?
En Côte d’Ivoire, plusieurs entreprises pratiquent le halal et il était important que la population connaisse l’existence de ces entreprises. L’objectif est de faire la promotion de ces entreprises et des produits certifiés halal.
Actuellement, une soixantaine d’entreprise en Côte d’Ivoire et en dehors sont labellisés dans l’agroalimentaires, cosmétiques, financiers, bancaires, pharmaceutiques que vestimentaires…
De 2024 à 2026, trois ans après le lancement de halal expo, nous sommes satisfaits, ce n’est pour cela que nous devons dormir sous nos lauriers. Avec un objectif de 30 entreprises pour cette 3e édition, nous avions dépassés notre projection
Lors de cette exposition, nous avons signé un accord avec la structure Côte d’Ivoire Export qui est une direction du ministère du Commerce avec qui nous travaillons depuis trois ans. Cette convention permet à Halal Côte d’Ivoire d’accompagner cette structure sur les marchés internationales surtout celui du golf tout en valorisant les produits licites.
Quelle est le regard du COSIM ET CODISS sur votre association ?
Nous avons l’accompagnement des instances religieuses et nous prions qu’à leur niveau, il est une prise en main sérieuse et complète de ce projet. Les imams doivent faire beaucoup de sensibilisation lors des prêches et sermons sur la consommation du licite. Un imam nous a signifié que c’est leur travail que nous sommes en de faire en sensibilisant sur la consommation du halal.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?
Les difficultés sont d’ordre financier. En tant qu’association, certaines portes nous sont fermées et la méconnaissance de ce label par la communauté. Nous voyons la lumière, nous marchons vers elle et nous espérions l’atteindre. En outre, nous essayons tant bien que mal de communiquer et être présent partout pour faire connaitre la structure.
Quels sont vos attentes et vos principaux défis ?
Nous exhortons les guides religieux et la communauté musulmane à s’approprier le projet halal Côte d’Ivoire. Tout le monde est le bienvenu et peut venir nous visiter. Par ailleurs, nous invitons les entreprises à aller vers la certification halal, c’est un devoir.
Quel que soit le secteur d’activité, il faut se poser la question de savoir si le service qu’on me vend est conforme avec ma religion. Si non, les orienter ou interpeller halal Côte d’Ivoire pour leur permettre de vendre le licite pour le bonheur de la population.
Entretien réalisé par Ibrahima Khalil