Côte d’Ivoire/ Ouragahio : Quand les funérailles rallument la flamme de l’amour en pays bété

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Côte d’Ivoire/ Ouragahio : Quand les funérailles rallument la flamme de l’amour en pays bété

Entre deuil et retrouvailles sentimentales, les funérailles bété révèlent une face cachée où la tradition se mêle aux émotions les plus intimes.

Ouragahio, département de Gagnoa, Officiellement, les funérailles sont des moments de recueillement et de deuil. Mais en coulisses, elles se transforment parfois en véritables scènes de retrouvailles amoureuses. Mariées ou célibataires, nombreuses sont les femmes qui profitent de ces cérémonies pour retrouver d’anciens compagnons… ou en découvrir de nouveaux.

À la tombée de la nuit, quand les chants traditionnels et les pleurs se mêlent aux sons des tambours, les regards complices s’échangent. « Ici, on se retrouve entre jeunes du village. Parfois, on revoit ses anciens amours, et les choses repartent », confie Mireille, 27 ans, venue d’Abidjan pour enterrer son oncle.

Un étudiant présent ironise : « On dit que la mort rapproche les vivants. Chez nous, c’est plus qu’un proverbe : les veillées deviennent de véritables rendez-vous sentimentaux. »

Mais ce phénomène divise. « Une femme mariée qui profite des funérailles pour revoir un ancien petit ami, ce n’est pas bien », s’indigne une mère de famille du quartier Soleil. D’autres, au contraire, relativisent : « La vie continue malgré le deuil. On ne peut pas empêcher les jeunes de se rapprocher », nuance un notable du village.

De son côté, l’apôtre Yaon Pierre Nicaise, secrétaire à l’organisation de l’ONG UFDCEM, appelle à une meilleure conscience collective : « Les funérailles sont d’abord un temps de recueillement et de solidarité. Si elles deviennent aussi un lieu de rencontres, il faut que cela se fasse dans le respect des familles endeuillées et des valeurs culturelles. »

Au-delà des élans amoureux, les funérailles sont aussi des moments d’inclusion sociale. Même les personnes sans emploi trouvent leur place dans ces rassemblements. Certains participent activement à l’organisation, d’autres saisissent l’occasion pour solliciter un soutien ou se faire remarquer par des proches venus de loin. « Ici, on peut toujours trouver quelque chose, même un peu d’argent pour tenir », glisse discrètement Koffi, 23ans, sans emploi.

Enfin, le prophète Nazireat Djadji Dadi Olivier, président du conseil d’administration de l’ONG UFDCEM pour le respect des droits de l’homme, insiste sur l’équilibre entre tradition et dignité humaine :

« Nos coutumes sont précieuses et doivent être respectées. Mais il est important que, même dans ces moments de retrouvailles, les droits et la dignité de chacun soient protégés. C’est ainsi que nous préserverons l’honneur de nos communautés et l’humanité de nos pratiques. »

Entre tristesse et séduction, les funérailles bété révèlent une réalité sociale surprenante : elles ne sont pas seulement un hommage aux défunts, elles rallument parfois la flamme de l’amour.

Entre rites sacrés et instants profanes, les funérailles en pays bété montrent que la mort, paradoxalement, peut aussi ranimer les élans du cœur. Une dualité qui, au-delà du mystère, illustre la vitalité sociale d’un peuple où rien ne reste figé, pas même l’amour.

DJACK ZOLA

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