Côte d’Ivoire/ Gagnoa : Le phénomène « Gnanhi » gagne du terrain
Dans la région du Gôh, un phénomène social suscite débats et interrogations. Appelé localement « Gnanhi », il consiste pour certaines femmes âgées, souvent veuves et financièrement aisées, à s’attacher les services d’hommes plus jeunes pour des relations intimes et un statut affectif.
Depuis quelques mois, le terme « Gnanhi » revient de plus en plus dans les conversations à Ouragahio, Gagnoa et dans plusieurs villages environnants. Derrière ce mot se cache une pratique qui divise l’opinion : des femmes âgées d’au moins 45 ans, indépendantes financièrement, décident de « choisir » un compagnon plus jeune afin d’entretenir une relation intime, parfois durable.
Mme Kouadio, 52 ans, veuve depuis huit ans, témoigne : « Je ne voulais plus vivre dans la solitude. J’ai choisi un compagnon plus jeune, non pas par plaisir, mais parce que j’avais besoin d’attention et de présence. »
Dans certains villages, la pratique est assumée, presque banalisée. Mais ailleurs, elle reste fortement critiquée, considérée comme une atteinte aux valeurs traditionnelles.
« C’est un choix personnel, mais cela choque nos jeunes filles qui voient leurs « mères » fréquenter des hommes de leur génération », explique Adjoua Clémentine, commerçante à Yopohué.
Les jeunes hommes concernés, eux, se retrouvent souvent partagés entre l’avantage matériel et le poids du regard social.
« On nous accuse d’être des profiteurs, mais certaines de ces femmes nous choisissent et nous offrent une stabilité », confie Serge, 28 ans, habitant de Gagnoa.
Face à cette évolution, les autorités coutumières s’inquiètent. Le secrétaire du chef village Ouragahio M. Gnapi, met en garde : « Nos traditions valorisent le respect de l’âge et des générations. Ce phénomène bouscule nos repères et nous devons trouver un équilibre entre modernité et coutume. »
Du côté religieux, l’appel est à la retenue. L’apôtre Yaon Pierre Nicaise, de l’Église la commune de Ouragahio, souligne : « Chacun est libre de ses choix, mais il est important de ne pas perdre de vue les valeurs morales et spirituelles qui nous unissent. »
De son côté, le président du conseil d’administration de l’ONG UFDCEM pour le respect des droits de l’homme, prophète Nazireat Djadji Dadi Olivier, rappelle :
« Au-delà des jugements, il est essentiel de garantir la dignité et la liberté de chaque adulte, homme ou femme, dans ses choix affectifs. Cependant, il faut veiller à ce que ces relations ne débouchent pas sur des abus ou des rapports de domination. »
Analyse
Pour les spécialistes, le « Gnanhi » met en lumière une transformation silencieuse des rapports sociaux et de genre dans la région. Il révèle aussi la difficulté pour certaines femmes, veuves ou divorcées, de retrouver une place reconnue dans la société sans passer par le prisme d’une relation affective.
Avis partagés
Entre liberté individuelle et débat sur les valeurs sociales, le phénomène « Gnanhi » questionne l’évolution des mœurs dans le Gôh. Une réalité que certains dénoncent, mais que d’autres assument désormais au grand jour.
DJACK ZOLA