Enquête Express / Dans l’Univers des personnes handicapées en Côte d’Ivoire
L’univers des personnes handicapées englobe une réalité complexe et diverse, marquée par des aspects sociaux, politiques, et anthropologiques. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), environ 1,3 milliard de personnes, soit 16% de la population mondiale, vivent avec un handicap important. En Côte d’Ivoire, environ 453 000 personnes sont en situation de handicap, selon le recensement général de la population et de l’habitat de 2014. Parmi elles, 58% sont des hommes et 42% des femmes. Le handicap moteur est le plus répandu, représentant 40% des cas. De plus, environ 70% de ces personnes vivent en milieu rural. 
Leg: Une formation en Intelligence artificielle organisée par MTN Côte d’Ivoire à l’endroit des personnes handicapées.
Un chiffre révélateur qui interpelle MTN Côte d’Ivoire
En termes de chiffres, en Côte d’Ivoire, on a 15,60 % de personnes non voyantes et malvoyantes, 15,20 % de personnes sourdes et malentendantes, 17,40 % de personnes bègues, 2,90 % de personnes atteintes d’albinisme, 38,80 % de personnes handicapées motrices et 10,10 % de personnes handicapées psychiques. Ce chiffre révélateur interpelle la société de téléphonie mobile MTN Côte d’Ivoire. À travers sa Fondation, elle a su et continue de mener une politique d’aide de grande envergure en faveur de ces personnes vulnérables pour leur épanouissement. Chaque année, elle assiste ces personnes en leur offrant des formations gratuites en digitale et en intelligence artificielle afin de permettre à ces derniers de s’adapter aux réalités et l’évolution du monde moderne et surtout pour leur insertion dans la vie sociale. Ainsi le mercredi 18 juin 2025, dans le cadre des 21 jours Of Y’Ello Care 2025, ces personnes en situation d’handicap ont été instruits par Mme Daoud Haifat, conférencière et spécialiste en intelligence artificielle à l’école ivoirienne des Sourds de Yopougon. Lors de cette séance de formation, nous avons rencontré certains parmi eux.
Leg: Mme Daoud Haifat expliquant un cours en Intelligence artificielle.
À la rencontre des personnes handicapées de la Confédération des Organisations des personnes handicapées de Côte d’Ivoire (COPHCI)
Au cours d’une séance de formation gratuite offerte par MTN Côte d’Ivoire, notre équipe de reportage a rencontré des personnes en situation de handicap ce mercredi 18 juin à l’école ivoirienne des Sourds de Yopougon.
Certains nous ont retracé leur vie difficile et les difficultés rencontrées face à un monde en perpétuel changement. Une situation qu’ils essaient de surmonter au quotidien malgré leur handicap. C’est le cas de Mme Sonia Yéou Brigitte, coiffeuse esthéticienne, handicapée moteur membre de l’Association des handicapés de Côte d’Ivoire. Victime d’un accident de la circulation où elle s’est retrouvée les deux pieds amputés, elle n’a pas hésité d’égrener les difficultés liées à sa vie d’handicap. « C’est ma première fois de participer à une formation de MTN Côte d’Ivoire. Je suis très heureuse car mon état fait qu’il est très difficile pour moi d’accéder à ces genres de formations qui sont des véritables passeports pour nous sur le marché de l’emploi. Grand merci aux responsables de MTN Côte d’Ivoire. On a des projets et on n’a personne pour nous aider à financer ces projets là. Nous avons la volonté de travailler. Malgré mon handicap, je ne mendie pas. J’ai appris la coiffure depuis que j’avais mes membres au complet. La coiffure ne marche plus trop, mais j’ai essayé de me reconvertir dans la tresse pour pouvoir m’occuper de mes enfants et de ma maman. Après mon accident, mon mari m’a quittée laissant à ma charge deux enfants, malgré mon état. Je ne suis plus mariée. Dieu nous aidera et grâce à la volonté de Dieu nous réussirons. Je pourrais embaucher des gens si j’en avais les moyens. Je demande à mes frères et sœurs handicapés de ne pas baisser les bras et de continuer à se battre », indique-t-elle. Ce qu’elle demande, c’est une politique nationale pour accompagner les handicapés sans diplômes. Elle n’est pas la seule à entreprendre malgré sa condition. 
Leg: une des bénéficiaires heureuse de participer à cette formation.
Traoré Dramane 30 ans, handicapé paraplégique, responsable des personnes handicapées de Yopougon au niveau de la COPHCI, diplômé d’un Brevet de Technicien Supérieur (BTS), n’a pas voulu faire de sa condition une charge pour ses parents. C’est pour cela qu’il a décidé avant d’avoir de l’emploi, de se lancer dans la vente de téléphones portables. Tous les matins, il affronte les rues de Yopougon-Niangon où il habite, pour Treichville Gare de Bassam. Assis sur sa chaise, pédalant de la main, il espère gagner sa vie sans l’aide de quelqu’un.
« Aides toi et le ciel t’aidera. Je remercie Dieu de m’avoir donné la force de me débrouiller. Il faut saisir toutes les opportunités pour se faire une place au soleil. Raison pour laquelle je viens participer à cette formation initiée par MTN Côte d’Ivoire ce matin. Mais nous avons besoin d’être accompagnés », nous explique le vendeur de portable. Ils sont nombreux, les handicapés qui se lancent de plus en plus dans la vie active pour gagner leur vie. Hélas, la tâche n’est pas aisée.
Dans cette ambiance de formation à l’école ivoirienne des Sourds de Yopougon, Ballo Moustapha s’est confié à notre micro. Il vit la même situation. Ce jeune homme vend des poulets au marché poulets d’Abobo-Gare. Son surnom, c’est ‘‘ Le sommet’’. Contrairement à Mme Yéou Sonia Brigitte et à Traoré Dramane, il a bénéficié d’une aide du fonds mis en place par une ONG en partenariat avec une fondation pour aider les personnes handicapées. La structure lui a octroyé environ 600 000 FCFA, qu’il doit rembourser en plusieurs tranches. Depuis le mois d’avril, ‘’Le Sommet’’ a décidé d’investir cet argent dans la construction d’une ferme avec son jeune frère à Azaguié. Seul souci : le remboursement.
« Je dois rembourser mon prêt à hauteur de 30 000 FCFA par mois. Mais c’est difficile. Cela fait deux mois que je n’ai pas fait de versement, parce que les affaires ne marchent pas assez. Et j’ai la pression de la direction de la promotion des personnes handicapées qui travaille avec la Fondation pour nous octroyer les prêts. Il y a une politique d’insertion pour les handicapés diplômés, nous aussi avons besoins d’une politique dans ce sens », explique-t-il. Il ignore ce qui arrivera, s’il n’arrive pas à rembourser. S’il salue l’initiative de la fondation en question, Barro Moustapha note qu’il aurait préféré que ces aides soient suivies d’un assouplissement.
Leg: Ballo Moustapha expliquant le bien fondé de cette formation.
Toutefois, sur le terrain, la réalité rattrape toujours les bénéficiaires. Mlle Liliane Melèdje vendeuse de jus naturel, handicapée physique, dit avoir déménagé de Yopougon à Dabou, pour un loyer à la portée de ses maigres moyens. Elle aussi a bénéficié du même fonds de cette Fondation. Elle éprouve des difficultés à rembourser son prêt.
Malgré les efforts du gouvernement beaucoup reste à faire
En Côte d’Ivoire, les personnes en situation de handicap sont confrontées à de nombreux défis, notamment la discrimination, la stigmatisation, l’exclusion de l’éducation et de l’emploi. Ces personnes vulnérables sont isolées et deviennent invisibles du reste de la société. Elles sont souvent maintenues à la maison et hors de la vue de la population, en raison de certaines croyances traditionnelles qui les présentent comme une malédiction. Cependant, des efforts sont déployés par le gouvernement et des organisations de la société civile pour améliorer leur situation et promouvoir leur inclusion sociale. Selon Koné Aboubacar, Président du conseil d’administration (PCA) de la Confédération des organisations des personnes handicapées de Côte d’Ivoire (Cophci), plusieurs personnes handicapées qui ont reçu les fonds ont eu du mal à les rembourser. D’où, le besoin de les suivre sur le terrain. « Aujourd’hui, il faut mieux organiser les projets d’insertion. Si l’Etat parvient à mettre en place un fonds d’aide, il doit être accompagné d’un suivi rigoureux. C’est la seule façon de venir en aide aux personnes handicapées sans diplômes », soutient Koné Aboubacar.
Une prise de conscience croissante mais insuffisante
Le gouvernement ivoirien a mis en place une politique nationale d’insertion des jeunes dans le tissu économique. Mais une frange de la population en a le plus besoin : Ce sont les handicapés. Tout comme le genre et l’enfance, les personnes handicapées ont besoin d’une véritable politique nationale pour ne pas se sentir lésées. Il s’agit aujourd’hui à peu près 543 000 personnes en Côte d’Ivoire, avec une très forte représentation des handicapés physiques. Mais, l’aide apportée jusque-là par le gouvernement ne concerne que les handicapés diplômés. Ces derniers sont intégrés à la Fonction publique, grâce au recrutement dérogatoire, à hauteur de 200 personnes chaque année. Or, selon la Cophci, les diplômés ne représentent que 2 à 3% de la population nationale des personnes handicapées. Et les autres, que fait-on ? Si des progrès sont faits, notamment avec des aménagements à l’endroit des concernés, l’on souligne l’importance de renforcer les actions pour une véritable égalité des chances.
Enquête réalisée par Fofana Zoumana
Photo : Aicha Mélanie Ouattara

