Interview / M. Alexandre Drama (Président fondateur de Djaka Festival de Divo) : « Djaka Festival, désormais meilleur centre d’intérêt en Côte d’Ivoire »
Interview / M. Alexandre Drama (Président fondateur de Djaka Festival de Divo) : « Djaka Festival, désormais meilleur centre d’intérêt en Côte d’Ivoire »
Djaka Festival de Divo est un évènement qui attire de plus de monde, et son promoteur Alexandre Drama en affiche une sainte fierté, heureux que son event culturel porte en lui le vecteur de promotion et de sauvegarde de la tradition de toute la région du Loh-Guiboua, et particulièrement des peuples Dida-Godié qui étaient jusque-là méconnus. Entretien.
Bonjour M. le Président. Avec vous, on va revenir un peu sur la naissance de Djaka Festival de Divo. Pourquoi cet évènement ?
- Alexandre Drama : Bonjour est merci de nous permettre de retour sur la création de Djaka Festival. Djaka veut dire la joie, le divertissement, l’allégresse. C’est ainsi que nous avons baptisé le Festival qui est né en 2006, dans un petit village Dida/Godié qu’on nomme Kabia. A cette époque, nous avons constaté que les funérailles et le sport notamment le football étaient les seules raisons des retrouvailles. Il fallait donc créer d’autres centres d’intérêt qui pouvaient susciter la joie, la réjouissance, mais qui surtout pouvait promouvoir la culture Dida /Godié de notre région. C’est ainsi que l’idée a germé et donner naissance à Djaka Festival.
Quels sont les objectifs réels du Festival ? de Djaka Festival ?
L’objectif du festival, c’est de lutter contre les disparités, l’acculturation ou la perte de nos langues, de notre culture. Amener les parents et les jeunes au travail. Parce que celui qui ne fait ne peut non plus avoir de quoi pour se nourriture, se vêtir, participer aux cotisations. Mais c’est surtout pour promouvoir la culture Dida Godié.
18 ans d’existence et 14 éditions d’activités. Un petit bilan ? Quels sont les bienfaits produits jusque-là par le Djaka Festival, son impact sur le plan culturel, social, économique, et même touristique ?
Avant, personne ne s’intéressait à la culture Dida. C’était une inconnue. On n’avait pas véritablement de chanteurs, ni d’artistes dans les autres arts. Le peuple Dida se cachait. Mais aujourd’hui, la plupart de ceux qui font de la musique Zouglou viennent de notre région. On connait également le pagne Dida que l’on ignorait. Et cela, c’est grâce à Djaka Festival. Cet évènement a permis de mettre le peuple Dida et sa culture. C’est un Festival qui attire du monde, une fête populaire en Côte d’Ivoire.
Au plan touristique, notre région est de plus en plus fréquentée, visitée par de nombreux touristes. Aussi bien les locaux et ceux de la diaspora qui reviennent aux sources, les autres peuples qui viennent d’ailleurs, que les visiteurs internationaux. Nous avons des sites touristiques que nous essayons chaque fois depuis 2016, de mettre en relief en partenariat avec Côte d’Ivoire Tourisme et le Ministère du tourisme.
Au Plan économique, il faut plutôt sentir l’impact de pendant le déroulement de l’édition en cours du Djaka Festival. C’est là qu’on découvre que le festival participe é l’essor économique de la ville de Divo. Les hôtels de renom font le plein, les restaurants et les maquis se délocalisent sur le site du festival, les loueurs de véhicules et ceux qui fournissent toute la logistique dont a besoin l’organisation du Festival, tous font des chiffres d’affaires énormes. Pour dire que nous contribuons modestement à l’économie, à faire vivre la ville de Divo. Djaka Festival en août, c’est l’affaire des vacanciers de la diapora, ce sont les touristes internationaux qui viennent s’ajouter aux nationaux pour découvrir la culture Dida. Le festival leur offre l’opportunité de découvrir toute la diversité culturelle de la région du Sud-Bandama des Dida Godié. C’est ce que nous avons voulu.
Après quatorze (14) ans d’édition, vous en tant que l’initiateur principal, est-ce que vous tirez réellement satisfaction du Djaka Festival ?
Je réponds tout de suite que je suis très satisfait, malgré la souffrance que nous en avons endurée. Sans orgueil, Djaka Festival est devenu une référence, l’un des meilleurs centres d’intérêt en termes d’évènements culturels de Cote d’Ivoire. Cela ne vient pas forcément de moi, mais aussi des autres. On est parti d’un petit village pour étendre le Festival sur toute la région du Sud-Bandama. On a saigné, de la sueur a coulé à flots, mais l’objectif était de réussir le challenge, d’avoir un instrument d’union, de cohésion et facteur de rassemblement des peuples et un vecteur de promotion de la tradition, des us et coutumes ; en un mot de la culture Dida / Godié de Divo. Mais on est allé plus loin pour atteindre toute la région du Sud-Comoé. Aujourd’hui, le Festival a grandi. Il est même devenu une fête populaire qui attire de plus en plus de monde. Je suis très satisfait et j’en suis heureux. Je voudrais dire très sincèrement merci à tous, aux partenaires qui nous accompagnent sur chaque édition pour faire grandir davantage le djaka Festival en termes de visiteurs, de qualité et de popularité. Merci surtout aux ‘’Djakatiens’’, c’est-à-dire tous ceux qui organisent le Djaka Festival, qui consentent d’énormes sacrifices et s’investissent activement dans l’organisation de l’évènement. Cependant, il ne faut pas s’arrêter là, il faut continuer. On n’est seulement qu’à 14 éditions, très loin derrière le Popo Carnaval de Bonoua qui a quarante trois (43 ans) d’existence.
Votre objectif aussi, c’est de faire pérenniser votre festival. Comment vous-y prenez ?
Nous pensons à la formation des jeunes, des gens capables d’assurer la relève. On a des compétences, des professeurs d’université, des chercheurs, etc. On pense également aux politiques de recherche et de mise en place des ressources de financement durable : recherche de partenaires et de sponsors sûrs et certains qui puissent nous permettre d’assurer en toute quiétude et sérénité l’organisation annuelle de Djaka Festival. De même, nous disons qu’en dehors des finances, nous devons avant tout sauvegarder et renforcer ce qui constitue les matières premières de l’animation du festival. C’est-à-dire que, s’il n’y a plus de tam-tams et de tapeurs pour faire danser, de chanteurs pour chanter, etc., il va sans dire qu’il n’y aura plus de Djaka Festival. A cet effet, nous travaillons pour que vive le festival. En plus des ressources humaines, il faut trouver les instruments qu’il faut. Pour ce faire, nous envisageons la création d’un musée de conservation, d’apprentissage et de maniement des instruments de musique traditionnels. Il faut encore sensibiliser les parents à former, inviter les villages à se tourner vers la formation et la conservation. C’est pour dire que nous pensons à la pérennisation du festival. Nous allons mettre tous les moyens que nous pouvons pour y arriver.
Jusque-là, comment faite-vous pour financer l’organisation annuelle de votre Festival ?
Les fonds que nous collectons proviennent des cotisations des organisateurs du festival. Puis que personne ne nous a envoyés ni ne nous demandé de créer cette activité, on s’est alors dit que nous devons d’abord compter sur nous-mêmes. C’est comme la que nous avons fonctionné jusqu’à présent. Chaque édition de Djaka Festival est financée par les ‘’Djakatiens’’ eux-mêmes. C’est avec l’argent qu’ils cotisent nous finançons chque année la tenue du festival. Au moment où nous créions le festival, on ne savait pas ce qu’on appelait un dossier, ni comment on le rédigeait. Pour dire que nous avons toujours été les sponsors de notre propre festival. Au fil du temps, Djaka Festival lui-même, vu sa régularité, sa popularité et la qualité organisationnelle, a commencé a s’attirer quelques partenaires institutionnels, tels les Minist-re de la Culture et de la Francophonie, du Tourisme et des Loisirs, Côte d’Ivoire Tourisme que je remercie au passage. Je salue également Solibra qui nous accompagne depuis quelques années. Mais tout ce monde, c’est juste des partenaires et non des sponsors, puisque nous sommes encore dans nos cotisations.qui constituent principalement le budget d’organisation du Djaka Festival. Le jour où on aura des fonds extérieurs qui viendront financer en grande partie l’organisation du festival, on parlera alors de sponsors.
Pendant que le monde entier se mobilise contre le réchauffement climatique, les grands évènements sportifs comme culturels, même à petite échelle, en Afrique, entrainent souvent la dégradation de l’environnement, parce qu’on n’a pas la culture des bonnes pratiques du développement durable. Vrai ou faux, quelle est la position du Djaka Festival de Divo ?
Notre région est une zone forestière. Ce qui est intéressant, c’est que chaque année, le festival porte en timbre un thème spécifique, relatif aux réalités de notre société. On débat autour de la forêt et de l’environnement. Cette année, le thème, c’est « Agriculture et chaines de valeurs agricoles ». En somme, nous pensons à la préservation de l’environnement notamment à la forêt qui joue un rôle important au niveau du cycle climatique. Parce que si la forêt disparaît, on aura non seulement moins de pluies, mais les générations qui viendront après nous ne connaîtrons pas ce qu’on appelle une forêt. Notre rôle donc, c’est de faire la sensibilisation au maximum. Sur ce point, Djaka Festival joue bien le rôle d’éducation,d’information et de formation. A travers les conférences et les panels qui sont organisés, les et les populations de la région sont informés et formés sur l’importance de la sauvegarde du couvert forestier et des bonnes pratiques du développement durable. Car il y va de la qualité de leur cadre de vie et de leur santé. C’est pour cette raison que nous avons entrepris des actions des planting d’arbres.
Pour terminer, quelles image et place que voulez-vous qu’on retienne de votre festival ?
Djaka Festival, un des meilleurs centres d’intérêt culturels de Côte d’Ivoire. Une référence pour les jeunes de Côte d’Ivoire. C’est la place qu’occupe en ce moment le festival. Au moment oo ! il se créait, on comptait les festivals sur le bout des doigts. Abissa de Grand-Bassam, Carnaval de Bouaké, Paquinou (fête de Pâque célébrée par les Baoulé à Daoukro) … Mais en 14 éditions, Djaka Festival s’est imposé comme une grande fête populaire puisant dans la pure tradition des peuples Dida-Godié de la région de Divo. C’est une activité d’envergure nationale qui met en toute la diversité culturelle en place. Ainsi chacun vient prendre un peu de ce qu’il vu et repart chez lui avec ça. Mais en même temps, cela nous fait du bien, pour la simple raison que nous aussi, nous apprenons de ceux qui viennent d’ailleurs et qui nous font l’honneur de participer à notre festival et enrichir notre culture. Mais Djaka Festival ne s’arrête pas là. Chaque année, on est obligé d’innover, pour transporter le festival à l’échelle internationale. Car nous sillonnons beaucoup de pays pour faire faire connaître le festival. Si bien que sa renommée a même franchi les frontières ivoiriennes, et qu’on peut entendre parler maintenant de Djaka Festival un peu partout. Voilà ce que nous voulons, il faut que les gens retiennent cela.
Interview réalisée par
Honoré Kelly Valéry