Côte d’Ivoire /10e Dîner de Gala de la Fondation Children of Africa : De Paris à Treichville, dix galas pour allumer la lumière d’Afrique (contribution Philippe KOUHON)
Ce vendredi 9 octobre 2026, les lustres du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire s’allument pour le 10e Dîner de Gala de la Fondation Children of Africa, placé sous le thème « Lumière d’Afrique, Ensemble pour une jeunesse qui brille ». Derrière les robes de soirée et les têtes d’affiche, il y a une méthode éprouvée depuis novembre 1998 : une soirée, une cause, un chantier. Un hôpital, trois maisons d’accueil, une école, un refuge pour femmes, une aile de cardiologie pédiatrique. Retour sur vingt-huit ans d’une aventure que Dominique Ouattara a bâtie gala après gala.
Il y a des soirées mondaines qui ne laissent que des photos. Celles de Children of Africa laissent des murs. C’est peut-être la meilleure façon de comprendre ce qui se joue vendredi soir sur les bords de la lagune Ébrié : depuis sa création, chaque Dîner de Gala de la Fondation a servi à financer une réalisation précise, visible, que l’on peut visiter le lendemain. La directrice de la Fondation, Nadine Sangaré, l’a rappelé lors du lancement officiel de cette 10e édition, le 14 juillet dernier : les galas sont la colonne vertébrale financière des grands projets de l’institution créée en 1998 par Dominique Ouattara.
1998-2011 : les années parisiennes, le temps des fondations
Tout commence loin d’Abidjan. Le 18 novembre 1998, quelques mois après la naissance de la Fondation, un premier dîner de gala est organisé à Paris. À l’époque, Dominique Ouattara est une femme d’affaires reconnue, et son époux occupe de hautes fonctions au Fonds monétaire international. L’idée de la Fondation lui a été soufflée par un ami fidèle, le professeur Marc Gentilini, qu’elle n’a jamais cessé de remercier publiquement depuis. Autour d’elle, déjà, une marraine : la princesse Ira de Fürstenberg.
Les trois premières éditions du gala se tiendront dans la capitale française. Ces années de construction permettent à la jeune Fondation de lancer ses premiers programmes en Côte d’Ivoire et dans une dizaine de pays africains, dont le lycée de Kong. Lors du gala des vingt ans, la Présidente saluera d’ailleurs ces donateurs « de la première heure », présents depuis la toute première soirée parisienne.
2012 : Le retour au pays et la promesse d’un hôpital
4e édition, vendredi 24 février 2012, Palais des Congrès de l’Hôtel Ivoire – Thème : « Tous unis autour de la mère et de l’enfant »
C’est un tournant. Pour la première fois, la Fondation organise son gala en Côte d’Ivoire, moins d’un an après l’installation d’Alassane Ouattara au palais présidentiel. Le projet annoncé est d’une ambition inédite : construire à Bingerville un hôpital dédié à la mère et à l’enfant, dans un pays où l’accès aux soins reste alors un parcours du combattant.
Alain Delon est l’invité d’honneur. À ses côtés, la princesse Ira de Fürstenberg, Adriana Karembeu, MC Solaar, Salif Keïta, Samuel Eto’o, ou encore Henriette Konan Bédié. La vente aux enchères rapporte à elle seule plus de 300 millions de francs CFA. Parmi les lots, deux éléphants en cristal offerts par la marraine de la Fondation.
Ce soir-là, Dominique Ouattara prononce une phrase qui deviendra presque une devise : « Chaque petit geste d’amour peut faire un miracle. » Elle confie aussi, avec une lucidité qui tranche avec le faste de la salle, qu’au regard de l’immensité des besoins, les actions de la Fondation lui semblent parfois n’être qu’une goutte d’eau dans l’océan.
Deux ans plus tard, la Présidente annoncera que les dons avaient permis de réunir 6,15 milliards de francs CFA, la somme nécessaire à la construction de l’hôpital.
2014 : le « Grand Cabaret du cœur » pour équiper l’hôpital
5e édition, vendredi 14 mars 2014, Hôtel Ivoire, Thème : « Le Grand Cabaret du cœur » / « Unir nos cœurs pour la mère et l’enfant »
Les murs de l’Hôpital Mère-Enfant (HME) de Bingerville sortent de terre. Reste à les remplir. Objectif de la soirée : 3 milliards de francs CFA pour doter l’établissement d’un équipement de pointe. L’invitée d’honneur est la princesse Lalla Salma, épouse du roi Mohammed VI du Maroc, dont la contribution à l’hôpital est saluée publiquement. Alassane Ouattara, alors en convalescence, tient malgré tout à faire une apparition pour soutenir son épouse.
Richard Berry, Gary Dourdan, Fally Ipupa, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly, Aïcha Koné ou Magic System sont de la fête. Dans son discours, Dominique Ouattara évoque l’émerveillement d’un enfant qui reçoit son premier livre, le soulagement d’une mère qui ne verra plus ses enfants dormir le ventre vide. Puis elle s’adresse aux donateurs pour leur adresser, au nom de tous ces anonymes, « le plus grand des mercis ».
2016 : trois maisons contre la traite des enfants
6e édition, vendredi 11 mars 2016, Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, Thème : « Mille et une nuits pour mille et un cœurs »
La Fondation change de terrain. Après la santé, la protection de l’enfance. Le gala doit financer la construction et l’équipement de trois maisons d’accueil pour enfants en détresse, notamment victimes de traite et des pires formes de travail, à Bouaké, Ferkessédougou et Soubré. Un combat que la Première Dame porte aussi à la tête du Comité national de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants.
La Première Dame du Mali, Amy Keïta, fait le déplacement depuis Bamako. Catherine Deneuve, Franck Dubosc, Djimon Hounsou et MC Solaar illuminent la soirée. Le mot d’ordre de la Présidente : « Fédérons les énergies autour du bonheur des enfants. » Bilan : plus de 3 milliards de francs CFA récoltés en une soirée. Le centre de Soubré sera inauguré le 7 juin 2018.
2018 : vingt ans de Fondation, une école pour Abobo
7e édition, vendredi 16 mars 2018, Palais des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, Thème : « Afrique Féerique »
La Fondation fête ses vingt ans devant plus de 900 personnalités. Invitée d’honneur : la Première Dame du Niger, Lalla Malika Issoufou. Isabelle Adjani, Patrick Bruel, Nathalie Baye, Youssou N’Dour, Patience Dabany, Isaac de Bankolé s’y croisent sous les chorégraphies de Georges Momboye.
L’année est symbolique : l’Hôpital Mère-Enfant de Bingerville, rêvé en 2012, ouvre ses portes. Le nouveau cap, c’est l’éducation. Les fonds doivent servir à bâtir un groupe scolaire à Abobo, l’une des communes les plus peuplées d’Abidjan, pour un coût estimé à 2 milliards de francs CFA. Quelques jours plus tard, la Présidente annonce que le gala a permis de mobiliser au total 4 milliards de francs CFA.
Dominique Ouattara clôt son discours par un hommage au continent, une Afrique belle, généreuse et mystérieuse, dont la magie ne se préservera qu’avec la contribution de chacun. Le Groupe scolaire d’excellence Children of Africa d’Abobo est inauguré le 8 octobre 2020 par le Chef de l’État. Dès sa première année, il affiche 100 % de réussite au CEPE.
Solange Djébami