Bouaké : Le colloque international sur les questions rurales plaide pour une agriculture africaine plus résiliente et inclusive
Bouaké : Le colloque international sur les questions rurales plaide pour une agriculture africaine plus résiliente et inclusive
La première édition du Colloque international pluridisciplinaire sur les questions rurales en Afrique a refermé ses portes, mercredi 4 novembre 2026, à l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké. Au terme de trois jours de réflexions, les participants ont formulé plusieurs recommandations pour adapter l’agriculture africaine aux défis climatiques, renforcer son financement et tirer profit des innovations technologiques.
Faire face aux changements climatiques, garantir l’accès des producteurs aux ressources agricoles et intégrer les nouvelles technologies dans les exploitations rurales. Tels sont les principaux défis auxquels les acteurs du monde agricole africain sont appelés à apporter des réponses concertées. Ces préoccupations ont été au cœur de la première édition du Colloque international pluridisciplinaire sur les questions rurales en Afrique, clôturée le mercredi 4 novembre 2026 à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.
Organisée conjointement par le Centre de recherche pour le développement (CRD) de l’UAO, le Centre national de recherche agronomique (CNRA) et AfricaRice, cette rencontre scientifique s’est articulée autour du thème : « Repenser le développement agricole à l’ère du changement climatique et de l’intelligence artificielle ».
Pendant trois jours, chercheurs, enseignants-chercheurs, experts et professionnels du secteur agricole ont croisé leurs analyses et expériences sur les mutations du monde rural. Les échanges ont notamment porté sur la résilience climatique, le financement agricole, la sécurisation foncière, l’autonomisation des femmes et des jeunes, ainsi que les possibilités offertes par le numérique dans les exploitations agricoles.
Des défis structurels mis en évidence
Présentant le rapport général des travaux, le professeur Ouattara Raphaël, rapporteur général du colloque, a dressé un état des lieux des difficultés qui freinent encore le développement agricole sur le continent. Il a notamment relevé la vulnérabilité des exploitations face aux changements climatiques, les difficultés d’accès aux ressources productives, l’insuffisance des financements, les conflits fonciers et la faible transformation des productions locales.
La mobilisation scientifique autour de ces problématiques s’est traduite par la réception de 131 propositions de résumés, dont 119 communications ont effectivement été présentées, parmi lesquelles six posters. Issues de plusieurs pays, les contributions ont été réparties en quatre axes : les politiques agricoles et le développement durable, le financement et l’inclusion financière, le foncier rural et la gestion des espaces ruraux, ainsi que les pratiques agricoles, l’intelligence artificielle et les innovations numériques.
Au-delà du diagnostic, les travaux ont permis de dégager des pistes d’action destinées à rendre les systèmes agricoles plus performants et moins vulnérables. Les participants ont notamment recommandé la promotion de l’agroécologie, de l’agroforesterie et de la diversification des cultures, tout en insistant sur la nécessité d’une gestion durable des sols et des ressources en eau.
La question de l’accès aux facteurs de production a également occupé une place importante dans les échanges. Les experts ont plaidé pour un meilleur accès des producteurs à la terre, aux semences de qualité, aux intrants et aux équipements agricoles. Ils ont aussi préconisé l’accélération des mécanismes de sécurisation foncière afin de prévenir les conflits et de favoriser un environnement propice aux investissements agricoles.
Le financement et l’inclusion au cœur des recommandations
Autre enjeu majeur : le financement des activités agricoles. Face aux difficultés rencontrées par les producteurs pour mobiliser des ressources adaptées à leurs besoins, les participants ont préconisé le développement de crédits saisonniers, de fonds rotatifs, de mécanismes de microfinance et d’assurances agricoles tenant compte des cycles de production.
Les femmes et les jeunes, souvent confrontés à des obstacles dans l’accès aux ressources productives, n’ont pas été oubliés. Le colloque a recommandé de renforcer leur accès à la terre, aux financements, à la formation professionnelle et aux opportunités d’emploi dans les chaînes de valeur agricoles.
Les infrastructures rurales constituent également un maillon essentiel de cette transformation. La réhabilitation des infrastructures hydrauliques, l’amélioration des capacités de stockage, de transformation et de transport ont été identifiées comme des priorités pour réduire les pertes post-récolte et mieux valoriser les productions locales.
Sur le plan environnemental, les participants ont insisté sur la promotion des biofertilisants, le développement de la lutte biologique, le contrôle de l’utilisation des pesticides et la formation des producteurs aux bonnes pratiques phytosanitaires.
L’intelligence artificielle, une opportunité à rendre accessible
À l’heure où les technologies numériques transforment progressivement les pratiques agricoles, les participants ont appelé à une appropriation inclusive de ces innovations. Pour eux, l’intelligence artificielle et les outils numériques ne doivent pas rester l’apanage des grandes exploitations ou des acteurs disposant de moyens importants.
Ils ont ainsi recommandé de faciliter l’accès des producteurs aux applications numériques, à travers des équipements adaptés, une meilleure couverture de connexion et des actions de vulgarisation dans les langues locales.
Cette transformation suppose également une collaboration plus étroite entre les universités, les centres de recherche, l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER), le CNRA, le Fonds interprofessionnel pour la recherche et le conseil agricoles (FIRCA), les organisations professionnelles agricoles et les pouvoirs publics.
Pour les participants, l’enjeu est de faire converger les connaissances scientifiques, les innovations technologiques et les savoirs paysans afin de construire des réponses adaptées aux réalités des territoires ruraux.
Un appel à transformer les recommandations en actions concrètes
Au terme des travaux, le président du comité scientifique, le professeur N’Goran Kouassi François, a souligné la nécessité de renouveler les approches du développement rural. Selon lui, la multiplication des projets et programmes ne suffit pas toujours à réduire la vulnérabilité des populations paysannes. Il a notamment appelé à dépasser une logique essentiellement axée sur l’augmentation de la production pour privilégier une approche fondée sur la résilience et l’inclusion, en accordant une place importante aux connaissances des communautés rurales.
Représentant le parrain du colloque, le ministre des Eaux et Forêts et président du Conseil régional de Gbêkê, Assahoré Konan Jacques, le colonel-major Mé Kouamé Martial a, pour sa part, exprimé la satisfaction du Conseil régional quant à la qualité des travaux et aux perspectives dégagées.
Il a formulé trois attentes majeures : l’institutionnalisation de ce rendez-vous scientifique, l’accompagnement du Conseil régional dans l’élaboration de son plan régional de développement agricole et rural, ainsi que la mise en place d’un mécanisme d’évaluation annuelle des productions agricoles et du développement rural dans la région de Gbêkê. Une démarche qui, selon lui, devrait associer l’ensemble des acteurs concernés.
Clôturant les travaux au nom du président de l’Université Alassane Ouattara, le professeur Édouard Marc Éric a salué la qualité des contributions scientifiques et la richesse des échanges. Il a invité les participants à assurer la valorisation des résultats à travers des publications scientifiques, la diffusion des recommandations auprès des décideurs et le développement de projets de recherche collaboratifs.
Il a surtout insisté sur la nécessité de faire sortir les connaissances produites du cadre universitaire afin qu’elles contribuent effectivement à l’amélioration des conditions de vie des populations rurales.
La cérémonie a pris fin avec la validation du rapport général et la clôture officielle de cette première édition. Reste désormais le défi de la mise en œuvre des recommandations formulées, car au-delà des réflexions scientifiques, c’est leur traduction en actions concrètes sur le terrain qui permettra de mesurer la portée de ce rendez-vous consacré à l’avenir du monde rural africain.
J C